Qu'est-ce qui pousse les chiites tunisiens à la clandestinité?

Qu'est-ce qui pousse les chiites tunisiens à la clandestinité?

déc 01, 2017 / 0 comments

On parle désormais de Gabès et de Kairouan comme haut lieu du chiisme tunisien. Du prosélytisme iranien. Du bastion des partisans de la maison du Prophète. De la Mecque de la dévotion aux imams. A la lignée hachémite. Mais alors pourquoi cette semi-clandestinité? Ce souci du secret? De la dissimulation? Est-ce la peur des salafistes qui n'hésitent pas à les traiter de mécréants? Voire d'hérétiques? Attendent-ils l'heure propice au dévoilement? Sont-ils encore au premier stade du déploiement? Disposent-ils de certains relais au sein du mouvement Ennahdha, naguère sensible aux sirènes de la République islamique d'Iran? Peut-on s'attendre à un raz de marée mahdiste sur la terre tunisienne? C'est peu probable. Surtout en terre malékite, nous dit-on.
D'ailleurs, le ministère de l'Intérieur a opposé une fin de non recevoir à l'Association de la bienveillance culturelle chiite, qui continue quand même d'avoir pignon sur rue dans la ville de Gabès. Propageant le culte alaouite. Animant le rite d'El Achoura. Mémoire de l'épopée de Karbala depuis 1.400 ans.
Les bibliothèques d'obédience chiite fleurissent dans les différentes médinas des villes tunisiennes. L'une d'elles, baptisée «Fatma Zahraâ», située au cœur de la médina de Tunis, fait des émules.

En fait, d'après certaines sources religieuses, les passionnées du martyrologue husseinite, qui se comptaient par dizaines dans notre pays dans les années soixante du siècle dernier, ont vu leurs rangs grossir considérablement après la chute de la monarchie iranienne des Pahlawi en 1979 et le retour triomphal de l'Ayatollah Khomeiny à Téhéran. La révolution de la liberté et de la dignité vient de favoriser apparemment leur émergence solennelle sur la scène politico-religieuse locale. En dépit de l'hostilité déclarée de la nébuleuse salafiste wahhabite, dont l'un des porte-parole, cheik Béchir Ben Hassen, considère l'éradication des chiites tunisiens comme un devoir sacré pour tout sunnite rigoriste.

«La religion se plante au cœur des hommes par la force de la doctrine et la persuasion, et se confirme par l'exemple de vie et non par le glaive», affirme dans ses interventions publiques, Mohamed Tijani Smaoui, l'une des figures de proue du chiisme tunisien, pour qui la terre du Maghreb était à ses débuts encline à l'imamat. A la diversité des interprétations canoniques. A l'essaimage des écoles religieuses.

Le mouvement Ennahdha, insistent les chiites tunisiens, gagnerait à présenter un discours fédérateur et à s'éloigner de la politique des axes au Moyen-Orient et du diktat des monarchies du Golfe, qui redoutent Téhéran, capitale de la résistance palestinienne et libanaise et oublient la menace de l'Etat hébreu, enclave occidentale dans la région. Depuis la promesse de Balfour.
Imededdine Boulaâba

Oui

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